Exposition « le Kaboul du Roi Babour »

L’Ambassade de France est partenaire de l’exposition « le Kaboul du roi Babour : le berceau de l’empire Moghol », inaugurée le 31 mars dernier dans les Jardins de Babour par le CEO le Dr. Abdullah et le Professeur Michael Barry.

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Aux côtés de l’Ambassade des Etats-Unis et de l’American Institute for Afghanistan studies, l’Ambassade de France a contribué à la venue en Afghanistan des merveilleuses miniatures qui ornent désormais le Palais de la reine des Jardins de Babour. A l’occasion de cette inauguration, le chargé d’affaires de l’ambassade de France a prononcé le discours suivant :

"Les érudits français ont commencé à s’intéresser à l’Afghanistan au milieu du XIXème siècle. Très tôt, ils ont identifié l’énorme potentiel de ce pays en termes de patrimoine archéologique, mais aussi historique et culturel. D’ailleurs, la première étude scientifique française consacrée à l’Afghanistan (par James Darmesteter, en 1888), s’intéresse à la linguistique, en dari et en pachtou, mais aussi aux grands cycles littéraires traditionnels et folkloriques. Lorsqu’en 1919, le Roi d’Afghanistan, Amanullah Khan, se montre désireux de nouer des relations diplomatiques avec la France, c’est à un érudit, Alfred Foucher, que le gouvernement français confie le soin d’ouvrir préalablement, en 1922, la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA). Presqu’un an plus tard, en septembre 1923, la première légation diplomatique française à Kaboul ouvrira ses portes.

Le fait que les relations diplomatiques entre les deux pays aient été initiées par un homme de culture, et qu’elles aient été précédées par ce qui est resté depuis lors un fleuron de la coopération culturelle entre nos deux pays, a marqué le cours de l’histoire des relations bilatérales entre l’Afghanistan et la France. Tout d’abord, la relation franco-afghane s’est toujours fondée sur une composante culturelle très forte, qui comportait un volet significatif en matière de formation des élites universitaires et intellectuelles. Ensuite, il était tacitement convenu de part et d’autre que la découverte du patrimoine historique et culturel afghan ainsi que sa mise en valeur participaient à l’effort de consolidation d’une Nation afghane unie, indépendante et souveraine, consciente et fière de son histoire plurimillénaire et de sa diversité culturelle. Malgré les vicissitudes de l’histoire récente, l’effort de la France en matière de sauvegarde, de préservation et de promotion du patrimoine historique et culturel afghan ne s’est jamais démenti et ce pilier reste une constante de la politique française vis-à-vis de l’Afghanistan.

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Les récentes destructions du patrimoine par des groupes terroristes en Syrie, en Irak ou au Mali ont rappelé au monde l’importance de la préservation du patrimoine historique, pour chaque pays et au-delà pour l’humanité. Une nation se construit et s’unit aussi par la connaissance de son histoire, ce qui passe par le respect et l’étude du patrimoine légué par les générations qui vécurent depuis des milliers d’années, jusqu’à la période contemporaine. Ceci n’est pas seulement une question pour les élites intellectuelles, car le patrimoine historique national appartient à chaque citoyen, même le plus pauvre. Il est constitutif de son identité, de son avenir culturel et bien souvent de la paix entre les composantes d’une nation.

L’Afghanistan a connu pendant tant d’années d’occupation, de guerre civile et de terrorisme des atteintes massives à son patrimoine, qu’il s’agisse des trésors du musée de Kaboul, des bouddhas de Bamyan mais aussi la citadelle de Hérat et tant d’autres sites historiques préislamiques ou islamiques, détruits par ignorance ou pillés par cupidité. Il a aussi connu des actes exceptionnels de dévouement et de courage pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. Partager son expérience est donc particulièrement important, de même que la restauration de bâtiments historiques, notamment en coopération avec l’Agha Khan, ou en dernier lieu le lancement de la reconstruction du palais de Darulaman, sous la direction du Ministre du Développement urbain.

Aujourd’hui, les destructions ne sont plus seulement le fait de guerres, comme celles qu’a connues l’Afghanistan contre les Britanniques au XIXème siècle ou les Soviétiques au XXème siècle. Ce sont les terroristes et les obscurantistes qui menacent le patrimoine. Ils veulent le détruire pour effacer l’histoire de l’humanité et réaliser leurs objectifs apocalyptiques ou imposer une histoire falsifiée. Mais ils ne font pas que détruire : par des réseaux de complices et de trafiquants passant par les pays voisins et conduisant aux marchés de l’art internationaux, ils vendent les trésors nationaux pour financer leurs actions terroristes, comme ils le font des ressources naturelles des zones qu’ils contrôlent.

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De ce fait, il était naturel pour l’ambassade de France de s’associer dès sa conception, et aussi étroitement qu’elle le pouvait, à ce projet extraordinaire porté par le Professeur Michael Barry qui nous réunit aujourd’hui dans ce lieu, magique et chargé d’histoire, que sont les Jardins de Babur.

Extraordinaire, ce projet l’est assurément puisqu’il s’agissait de reconstituer un corpus de miniatures persanes réalisées en Afghanistan et éparpillées à travers le monde depuis des décennies, voire des siècles. Extraordinaire, ce projet l’est plus encore si l’on considère qu’il revient finalement à mettre en lumière la centralité de l’école dite de Hérat dans l’art figuratif musulman de la période médiévale et donc l’importance de l’apport afghan à un pan essentiel de la culture de l’humanité. Extraordinaire, enfin, car les agrandissements de ces miniatures persanes ont pu être réalisés, au sein des ateliers Dupond, à Paris, grâce à l’évolution des technologies modernes : observez-les attentivement, ces agrandissements sont stupéfiants de précision, tant dans le rendu des couleurs délicates que des dessins complexes qu’ils reproduisent.

Dès lors, on peut admirer ces miniatures et les étudier sans avoir recours à l’original et sans utiliser une loupe : les professeurs pourront ainsi facilement les faire découvrir à leurs élèves et leur enseigner l’histoire qui les accompagne, de même que les visiteurs, afghans ou étrangers, pourront se rendre compte de l’importance de l’apport de l’Afghanistan à la culture islamique de la période classique. Merci donc au Professeur Barry d’avoir initié et porté ce projet essentiel au rayonnement culturel de l’Afghanistan auquel, je le répète, la France est fière d’avoir contribué, dans la continuité de son engagement ancien auprès de ce pays."

Publié le 04/04/2018

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