Afghanistan : les femmes et les enfants continuent de payer le prix fort. [fa]

Débat trimestriel sur l’Afghanistan - Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 16 décembre 2019

Madame la Présidente,

Je remercie à mon tour le Représentant spécial, M. Tadamichi Yamamoto pour son exposé éclairant, ainsi que Mme Aisha Kurram qui nous a permis d’entendre la voix de la jeunesse afghane, et l’ambassadrice Adela Raz, toujours aussi éloquente dans le plaidoyer pour son pays.

Je tiens particulièrement à saluer l’engagement de M. Yamamoto pour l’Afghanistan sur le chemin d’une paix durable et le remercier pour ses efforts constants. Ce chemin, l’Afghanistan ne peut l’emprunter seul. L’engagement international et régional auprès du peuple afghan doit être uni et sans faille. La MANUA est l’incarnation sur le terrain de cet appui et sous votre direction, M. Yamamoto, elle a permis des progrès remarquables, en matière de Droits de l’Homme, en particulier les droits des femmes et sur la voie de la démocratie, progrès qu’il faut préserver.

Alors que nous attendons les résultats de l’élection du 28 septembre, il faut tout d’abord féliciter les hommes et les femmes d’Afghanistan qui ont eu le courage de braver les menaces pour se rendre dans les bureaux de vote. La participation est certes plus faible que lors des précédentes échéances électorales mais elle a atteint un niveau encourageant et les opérations de vote, malgré des difficultés techniques, peuvent être jugées satisfaisantes. Ce n’était qu’une première étape.

La crédibilité de cette élection dépend maintenant de l’annonce des résultats et de leur acceptation par tous les candidats. Pour cela, les opérations de décompte doivent se dérouler dans la transparence. Il est nécessaire que la Commission électorale indépendante communique de façon plus ouverte et systématique tout au long des opérations afin de construire cette confiance et de préparer l’annonce définitive des résultats.

Un accueil pacifique dans un esprit démocratique des résultats sera la meilleure garantie de la réussite du prochain gouvernement. Ce dernier aura la lourde charge de diriger le processus de paix inter-Afghan. Pour être pérenne, ce processus devra être inclusif et ne laisser aucune catégorie de la population de côté. Les acquis en matière de justice, d’Etat de droit et de respect des libertés fondamentales, devront aussi être préservés pour garantir une paix durable. C’est vrai en particulier pour les libertés et les droits des femmes Afghanes que l’ambassadrice Adela Raz défend avec brio dans l’enceinte onusienne, et je la félicite pour le lacement avec l’ambassadrice Pierce, du Groupe des amis des femmes afghanes auquel je suis très honorée de pouvoir participer.

Il faudra continuer pour progresser dans l’amélioration de la gouvernance, dans l’élimination de la corruption et la lutte contre les stupéfiants.

Madame la Présidente,

Le maintien de la violence à un niveau très élevé en Afghanistan reste une source de préoccupation constante pour mon pays. Jamais depuis 2009, le nombre de victimes civiles n’aura été aussi élevé, comme Monsieur Yamamoto vient de nous le rappeler. La lutte contre le terrorisme doit rester une priorité. Et alors que nous venons de renouveler le mandat de l’équipe de surveillance du comité 1988, l’engagement des Nations unies aux côtés des afghans contre le terrorisme doit se poursuivre. Dans ce contexte, il importe que les discussions entre les Etats-Unis et les Talibans aboutissent à une réduction significative de la violence afin de permettre l’établissement d’un cessez-le-feu durant les futures négociations de paix inter-afghanes.

Madame la Présidente,

La population civile, en particulier les femmes et les enfants, continuent de payer le prix fort. C’est inacceptable. L’attaque du 3 décembre à Jalalabad qui a tué le docteur Tetsu Nakamura, fondateur et responsable de l’ONG Peace Medical Services, ainsi que cinq Afghans est choquante et la France l’a condamnée avec la plus grande fermeté. Le droit international humanitaire doit être respecté. Nous avons le devoir de le faire respecter. Les personnels humanitaires et les personnels de santé doivent être protégés, ainsi que les infrastructures civiles et humanitaires. De même que l’accès humanitaire doit être assuré sans entrave partout sur l’ensemble du territoire afghan.

Madame la Présidente,
La réponse humanitaire est indispensable, mais elle ne suffit pas. Il faut également écouter et prendre pleinement en compte les aspirations de la jeunesse afghane qu’a exprimées avec force Mme Aisha Kurram. Le premier souhait des jeunes est la fin de la violence et la paix, une paix durable qui implique un processus juste et inclusif, respectueux des droits de chacun, et de l’égalité fondamentale entre les hommes et les femmes. La France, qui entretient avec votre magnifique pays des liens profonds et anciens, soutiendra sans relâche les efforts de l’Afghanistan pour y parvenir.

Nous portons des messages et des objectifs convergents autour de cette table, c’est important. Et en effet, quel est le sens de ce que nous faisons et de notre responsabilité commune ici au sein du Conseil de sécurité si ce n’est de créer les conditions de paix et de sécurité qui permettent aux jeunes hommes et aux jeunes femmes d’Afghanistan, de prendre leur destin en main et de bâtir ensemble un avenir meilleur ?

Je vous remercie.

Publié le 07/09/2020

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