Afghanistan : Aucun signe ni acte ne montre un changement des Taliban

AFGHANISTAN - INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE, REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES - AU CONSEIL DE SECURITE,
New York, le 17 novembre 2021

Monsieur le président,

Je remercie Mesdames Lyons et Karim pour leurs interventions. Je salue le courage des équipes des Nations Unies, qui travaillent dans des conditions difficiles, ainsi que celui des acteurs de la société civile afghane. En prenant le pouvoir par la force le 15 août dernier, les Taliban ont créé une situation de crise qui a des conséquences graves pour la population afghane et porte le risque de déstabiliser l’ensemble de la région. Face à cette situation, ce Conseil doit se montrer uni et ferme sur la défense des droits fondamentaux de la population. Aucun signe ni acte concret ne montre jusqu’ à présent un changement de la part des Taliban : ils n’ont, pour l’heure, rien mis en œuvre pour respecter les engagements qu’ils ont pris auprès de la communauté internationale.

Sur le plan sécuritaire, la résolution 2593, adoptée le 30 août dernier, posait des conditions claires sur la rupture totale et claire des liens avec les groupes terroristes et Al Qaïda. Or, force est de constater que les liens entre le commandement d’Al Qaïda et les Taliban perdurent. Et que, par ailleurs, les Taliban ne se mobilisent pas contre l’Emirat islamique au Khorassan. Plusieurs récents attentats ont endeuillé l’Afghanistan. Nos pensées accompagnent les victimes. La lutte contre le terrorisme reste une priorité pour la France et nous ne pourrons accepter que l’Afghanistan redevienne un sanctuaire pour les organisations terroristes. Notre action vise, ici comme ailleurs, à tarir les ressources des groupes, à contrer leur propagande mais également à garantir le respect des droits de l’Homme et à s’assurer qu’il n’y ait pas d’impunité. Nous attendons des Taliban qu’ils démontrent que les groupes terroristes ne bénéficient d’aucun soutien ni direct ni indirect, ni financier, ni idéologique, ni politique, ni logistique à Kaboul ou dans les provinces afghanes.

La France est gravement préoccupée par la situation humanitaire. La moitié de la population a besoin d’une aide d’urgence, et ce chiffre ne cesse d’augmenter à l’approche de l’hiver. Nous ne pouvons rester sans agir : c’est la raison pour laquelle la France a pris l’engagement, lors de la Conférence de Genève du 13 septembre, d’octroyer 100 millions d’euros d’aide humanitaire au profit de la population civile. Nous devons maintenant veiller à ce que cette aide soit acheminée, tout en veillant au plein respect des exigences posées par la résolution 2593 et par les régimes de sanctions 1988 et 1267. Dans cette perspective, il importe que les Taliban se conforment au droit international humanitaire et ne posent aucun obstacle à l’acheminement de l’aide. Ils doivent également, comme ils s’y sont engagés, garantir la protection des personnels humanitaires, y compris les femmes, et celle des infrastructures.

Nous attendons des Taliban qu’ils ne renvoient pas l’Afghanistan vingt ans en arrière. Le respect des droits de l’Homme, en particulier les droits des femmes et la liberté des médias, ainsi que la formation d’un gouvernement représentatif des diverses composantes de la société afghane, sont des conditions sine qua non auxquelles ils doivent souscrire. Or, en dépit des assurances données, on recense de nombreux cas d’exécutions arbitraires, de répressions de manifestations pacifiques et de violences contre des journalistes. Ces agissements doivent cesser. Nous condamnons toute atteinte au droit à l’éducation des filles et adolescentes, et à l’éducation supérieure pour les étudiantes. Les femmes doivent pouvoir travailler sans craindre pour leur vie. Il est essentiel de garantir l’accès des femmes aux soins médicaux. Les Afghanes se sont battues pour leurs droits, elles continuent de le faire et nous devons les soutenir dans leur combat.

Enfin, les Taliban doivent veiller à assurer la liberté de circulation aux Afghans et Afghanes menacés qui souhaitent quitter le pays et ne pas opposer d’obstacles administratifs à leur départ.

En conclusion, la France continuera d’apporter son plein soutien au peuple afghan et sera attentive à ce que les engagements pris par les Taliban soient respectés et traduits en actions concrètes sur le terrain. Nous ne tolérerons pas d’impunité pour les auteurs de violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme.

Je vous remercie.

Publié le 18/11/2021

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